/ Hiver /

Une autre que toi, plus vaillante et plus forte. Née de l’ombre sauvage et des boutons de givre. Née du feu qui s’oublie, du ronronnement des braises et chuchotement des arbres. Née de ce temps secret qui allume nos transes, nos prières, nos baisers, nos colères, nos fautes. Née au cœur de l’hiver dans le chaud d’un abri que les loups ont veillé. Tout vient de cette nuit, des forêts de grands pins et d’oreillers sauvages. Un peu de toi partout, mais en plus éternelle. Sur des tables rouillées recouvertes d’épines, de cendriers vermeils et de tasses ébréchées. De traces délavées de cafés renversés, de miettes de novembre et de lunes en morceaux. Sous des draps malmenés par nos fièvres d’enfants sévères et sans retour. De ces fièvres secrètes qui jamais ne nous quittent et jamais ne nous mentent. De ces mystères flambants où se cachent à côté de joies étincellantes, des désirs dévorants et des tristesses sans fond. Derrière ce grand empire sans début et sans fin. Peut-être, s’effacer de soi et vivre.